Le cowboy dans les westerns
un mémoire écrit par El Lobo
Première Partie
DE L’OUEST ET DES VACHES
VII. LA FIN DES GRANDS ESPACES
Deux faits surtout mirent fin à l’époque héroïque : l’in-troduction de taureaux européens et le fil de fer barbelé.
Le longhorn possédait d’incontestables avantages : sa rusticité et sa sobriété légendaires, son endurance et son adaptation à tous les habitats. Mais il avait aussi d’énormes défauts pour un animal d’élevage : il était sauvage, irascible, dangereux à manier et son poids était composé de plus de tendons, de nerfs et d’os que de beefsteak comestible.
Le premier enthousiasme passé, les acheteurs devinrent plus regardants sur la qualité de la viande, et n’achetèrent plus le bétail par tète sur pied, mais au poids, et plutôt de viande et de graisse que de corne et d'os. Les éleveurs durent améliorer la qualité de leurs animaux, et ce fut l’importation de races européennes: Hereford, Durham, Charolais, Angus, et même asiatiques et africaines : Brahma.
Afin d’éviter les métissages et le mélange de ces précieux étalons, les éleveurs se mirent à clôturer leurs domaines, essayant par la même occasion de mettre un terme aux éternelles disputes de veaux égarés, de marques à feu litigieuses, et au problème des jeunes cowboys entreprenants et pas trop regardants quant aux notions de propriété. Mais, si par le passé tous ces problèmes firent brûler pas mal de poudre, le barbelé fit la fortune des armuriers locaux. Petit à petit les choses se calmèrent, l’évolution des mœurs et l’importance accrue de la légalité finirent par apporter un semblant d’ordre... et le fil de fer barbelé se mit à couvrir la prairie.
Ainsi le longhorn disparut des plaines, suivi de près par le mustang qui fut lui aussi remplacé par un élevage plus sélectif. Les cowtowns s’assagirent et les “marshalls” (Prévôt de police employés par la municipalité) se mirent à interdire le port d’arme et les réjouissances éthyliques et bruyantes des vachers. Le déclin commença dans les années 84. Le Kansas renouvelle à ce moment-là les lois de quarantaine contre le bétail texan. Les pistes, barrées par les barbelés de plus en plus nombreux des fermiers, deviennent à peu près impraticables. Les chemins de fer vont chercher directement le bétail dans les zones d’élevage et apportent à chaque fois un nouveau contingent de futurs fermiers, de “nesters”. Ce n’est pas la fin des cowboys et des ranches - loin de là - mais c’est la fin des grands drives et des cowtowns.
Là-dessus, plusieurs hivers rigoureux ruinèrent bien des ranches. L’"O-S Bar", au Kansas, perdit près de 11.000 têtes durant l’hiver 1886, le “Circle M“ conserva 500 bêtes sur 5.500 ! L’été suivant apporta la sécheresse. Ce fut la fin de la grande épopée. Ces épreuves apportèrent un changement dans le travail qui devint beaucoup plus scientifique, planifié, codifié … le “Wild West” était en train de disparaître.
Dans son célèbre tableau "The fall of the cowboy" (L'automne du cowboy), Frédérick Remington sut très bien exprimer la nostalgie de ce crépuscule des centaures le long d'interminables barbelés sous un ciel gris.
Au moment où le cowboy quitta la scène de l’histoire, il entra dans la légende. Le développement des “media”, le “Wild West Show” de Buffalo Bill et Barnum, les “dime-novels” (romans bon marché) de Buntline, les rodéos et presque tout de suite le cinéma … Le héros, né du cirque et des romans populaires, s’éleva dans l’imagination d’une nation encore à la recherche de son identité: le stetson immaculé, le blanc destrier, la selle cloutée d’argent, les franges et les colts nickelés finirent par cacher le “sweaty little man, tall in the saddle”, sentant fort l’odeur de sa monture….

The Fall of the Cowboy de
Frederick Remington
Le poème de Badger
Clark, "The Passing of the Trail", pourrait servir de légende au
tableau:
"… la piste est un étroit chemin
le feu du marquage est éteint
les sauvages prairies domptées et calmées toutes encloses de barbelées…" |
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