Le cowboy dans les westerns
un mémoire écrit par El Lobo
Troisième Partie
LE COW-BOY AU CINÉMA
II. ÉTUDES DE FILMS
D/ La Poussière, la sueur et la poudre
(The Culpepper Cattle Co.) 1972 de Dick Richards
Un autre film traitant des grands transports de troupeaux est l’admirable et méconnu The Cullpepper Cattle co (La Poussière, la sueur et la poudre, 1972) de Dick Richard, distribué parfois sous le titre Blood, Sweat and Gunpowder. De tous les films cités sur le travail des vachers, c’est certainement le film le plus réaliste, le plus authentique, le plus documenté qui soit. “Je crois que l’on pourra au moins porter au crédit du film ses qualités d’authenticité”, déclare Dick Richard. “Avec mes collaborateurs, j’ai entrepris un long travail de recherche sur le mode de vie, l’aspect des vêtements, des chariots, etc. Une certaine qualité de lumière, assez douce, sensible aux ombres et aux coloris du crépuscule sur les terres du Texas peut sans doute rappeler les huiles des peintres du vieil Ouest comme Charles Russel ou Remington”.
Le film est très bien documenté, et l'on ne trouve pas grand chose à critiquer. Le souci du détail a été porté très loin et ne laisse pas grand chose à désirer, tant sur le plan de l’équipement que de l’authenticité dans la description du travail ou des personnages.
Le film reprend un thème similaire à Cowboy de
Daves: un jeune garçon, Ben Mockridge (Gary Grimes) veut devenir cowboy et se
fait engager par Frank Cullpepper (Billy “Green” Bush), propriétaire d’un
troupeau. Ben devient donc la “petite Marie”, surnom traditionnellement donné à
l’aide cuisinier. Nous découvrons donc avec lui le travail et les difficultés de
la vie de gardien de troupeau. Mais ici, contrairement au film de Daves, il ne
s’agit pas de mettre an valeur, en le revalorisant, le mythe du cowboy. Le
travail et les personnages nous sont décrits sans complaisance, sans les moments
de bravoure traditionnels. Le côté épique et spectaculaire de Red River
d’Hawks est ici totalement absent. Même la traditionnelle scène du départ du
troupeau, inévitablement “grand spectacle”, est traitée avec beaucoup de
sobriété (ce qui n’exclut pas “les belles images”). Et il y a des longhorns (ce
qui est exceptionnel), les chevaux sont proches du mustang, et l’on “sent”
l’odeur des vaches sur les chaps usagés des cavaliers. Les images du film sont
de minutieuses reconstitutions des photos d’époque, et les couleurs rappellent
les peintures de Russel. L’éducation du jeune Ben est très différente de
l’évolution de Frank Harris. Ben n’apprend pas à combattre les Indiens, à tirer
au revolver ou à dompter des broncos. Il apprend au contraire les tâches
quotidiennes et sans panache: abreuver les chevaux, servir le café, savoir se
comporter au milieu de ses rudes compagnons, accomplir consciencieusement les
tâches de routine que l’on attend de lui. Les autres personnages restent dans
le même ton de réalisme. Cullpepper ressemble, par de nombreux points, au
Wade-Ford de Cowboy ou Dunson-Wayne de Red River mais nous l’avons vu, le
métier de trail-boss demandait certains traits de caractère qu’il est normal de
retrouver chez tous ces personnages. Mais Cullpepper n’a pas l’aspect héroïque
des personnages de Wayne ou Glenn Ford. Il est un simple propriétaire de
troupeau avec un travail bigrement difficile et fait de son mieux pour livrer sa
marchandise à Fort Lewis (Colorado), et gagner “X” dollars par tête. Le film
d’ailleurs ne cherche pas à démythifier le cowboy, mais à nous le montrer
objectivement. Une altercation ayant par exemple opposé deux vachers au sujet
de la “petite Marie”, l’un d’eux, aventurier violent, provoque l’autre en duel.
Les deux hommes sont face à face dans la plus pure tradition, mais ici le film
remet les choses en place : le cowboy déclare “Je suis un vacher, pas un as du
revolver” (I’m a cow-poke, no gunfighter). Il refuse donc le duel et quitte le
troupeau. Le “boss” n’a rien dit, mais après le départ de son employé
réprima
nde celui qui le provoqua “A cause de toi j’ai perdu un homme”.
Le réalisme des costumes, saloons, villes traversées et prostituées de rencontres pourrait rappeler au spectateur le style pseudo-réaliste des westerns à l’italienne, Mais il ne s’agit nullement ici de la vulgarité et de l’outrance généralement rencontrées dans les westerns “spaghetti”. Les personnages sont en accord avec ce que l’histoire nous apprend sur ce qu’ils furent, et il n’y a pas dans le film de fausses notes discordantes.
Ce n’est cependant pas l’avis de Michel Marmin qui écrivit dans le n0 6 de Western Revue “Pourquoi le jeune Ben Mockridge, à la fin du film, jette-t-il ses armes ? C’est un geste parfaitement absurde dans le contexte farouche de l’Ouest, tel que D. Richard l’a du reste fort bien décrit. C’est une concession mesquine à un humanitarisme évidemment étranger à l’esprit de l’Ouest. Il n’y a pas de faute de ce genre dans "Les Cowboys" où John Wayne apprend à ses enfants l’art merveilleux du Colt et de la Winchester”. Cette citation est à plus d’un point de vue intéressante car elle nous apprend plusieurs choses:
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